Histoire

Quelques lignes d’Histoire…

L’étude du bâti ne permet pas toujours d’écrire l’Histoire des lieux ; les textes anciens viennent compléter le tableau et placent l’origine de Saint-Martin-de-Brômes au XIème siècle.

Baigné par les eaux du Colostre, Sancti Martini de Bromezes, comme écrit dans le Cartulaire de Saint Victor en 1064, voit son habitat se former par agglomération autour d’une église.

Un acte de donation de 1042 des frères Guntardus et Ugo Tinetus à l’abbaye Marseillaise mentionne l’existence d’une église et du territoire de Saint-Martin-de-Brômes.

Un accord, fixant les obligations mutuelles entre moines et chevaliers, signé le 9 novembre 1182, témoigne que Saint-Martin était un domaine monastique de Saint Victor. L’accord prévoit la construction de la maison des moines, l’assistance, le conseil et la fidélité des chevaliers fieffés.

Ces quatre chevaliers que sont : Rostang et Bernard de Brômes et Guillaume et Raimond de Saint Martin reconnaissent tenir à l’abbé tout ce qu’ils possèdent et protègent le castrum au nom du monastère. Le terme castrum, fixe un premier état de construction du village de Saint-Martin-de-Brômes (bourg fermé et fortifié ou château fort, forteresse).

Le 28   mars 1343, Boniface de Castellane, seigneur d’Allemagne échange avec les moines de Saint-Victor les terres de Saint-Martin contre celles d’Oriol qu’il possède dans les actuelles Bouches-du-Rhône.

On ne sait pas si la tour était déjà construite ou pas.

Les seigneurs de Saint-Martin: la famille de Castellane d'Allemagne; de 1343 à 1673

Boniface V de Castellane, né en 1179, décédé en 1253. Seigneur de Castellane, Salernes et Villecroze. Il accroit, par différents héritages la fortune de ses ancêtres.   Il épouse Agnès Spada de Riez. Riche héritière, Dame en partie de Riez (04), d’Allemagne (04), St Etienne, Brunet, Roumoules (04), St Laurent (04), Mezel (04) et Oraison (04), Montpezat (04). Il meurt décapité à Marseille pour avoir suscité une insurrection contre Charles d’Anjou, comte de Provence. Sa terre de Castellane fut confisquée.

 Ils ont 3 enfants dont :

Boniface VI de Castellane : 1208-1262. Baron de Castellane. Baron d’Allemagne en Provence. Seigneur de Castellane, Riez, Saint Martin et autres lieux.  Il se marie avec Alix des Baux (1210-1253), dame de Toulon. Ils ont cinq enfants dont :

Boniface VII, (1229-1277) Prince de Castellane. Seigneur de Castellane, Riez, Fos, Thorame, Barrême, Majastres, La Robine, Andon, Taulane Chasteuil, Thorenc, Ampuis, Esparron et Allemagne en Provence. Il épouse Sybille de Fos (1220-1261). C’est un brillant troubadour qui, en 1264, accompagne Charles d’Anjou, comte de Provence, dans son expédition sur Naples. Il n’a pas d’enfants

Hugues dit des Baux de Castellane [i]( ?- 1307) Chevalier, baron d’Allemagne (04), seigneur de Riez (04), Saint-Tropez (83), Saint-Martin, Castellet, Barrême, Thorane, Argent, Thorenc, Angles, Andon, Muy, Garcin, Majastres, Cavalaire, la Robine, Moriers. Il épouse Béatrix de Villeneuve-Vence. Ils ont deux enfants :

Boniface VII de Castellane d’Allemagne, né vers 1300, décedé en 1350, seigneur et baron d’Allemagne, Riez, Grimaud et Garcin. Il épousera Béatrix d’Esparron. Ils auront un fils,

Boniface VIII de Castellane d’Allemagne (1330-1382). Il épouse le 23 février 1351 Constance de Blacas-Baudinard. Ils n’auront pas d’enfants.

Sparron de Castellane (1300-1345). Il est marié avec Agnès de Grasse de Cabris, décédée en 1322. Ils auront un fils,

Florent de Castellane (?-1400) Seigneur et baron d’Andon, Garcin, Norante, puis 1382 d’Allemagne, Riez, Roumoules, la Garde, Châteauneuf, Rousset, Bromes, Saint-Martin, Castellet, Moriers, Ramatuelle, la Robine, Saint-Tropez mort en 1399. Il se marie le 24 octobre 1363 avec Florie Alasie de Blacas, née vers 1330.   Ils auront 5 enfants :

  • Agnès de Castellane, décédé avant 1445, mariée à Guillaume de Villeneuve-Tourrettes, dont 2 enfants
  • Jean de Castellane, marié avec Catherine d’Oraison, dont 1 enfant
  • Sparron de Castellane, mariée avec née de Lestrange de Carbonel, dont un enfant
  • Marie de Castellane, mariée avec Jean II de Gantes, dont 3 enfants

 

      Boniface IX de Castellane (1364-1440-) Baron d’Allemagne (04), seigneur d’Albiosc, St-Jeurs, Garcin, Châteauneuf, Saint-Martin, Castellet, Bromes, Moriers, Barrême, Thorenc, La Robine, Ramatuelle, Saint-André-de-la-Mure.

Il épouse Antoinette de Ponteves en 1409.[ii]. Il meurt de la peste en 1440.

Il aura 2 enfants

  • Catherine de Castellane d’Allemagne., elle épouse en 1462 Louis d’Arcussia, dont 2 enfants ; et

Antoine de Castellane (1410-1469/70), sire d’Allemagne-en-Provence, de Barrême de La Robine (La Robine-sur-Galabre), de Saint-André-de-la-Mure (Saint-André-les-Alpes) ; co-sire de Riez, sire de Moriers (84, Morières-lès-Avignon), Ramatuelle (83), Thorenc (06, Andon), Saint-Jeurs, Garcin, Châteauneuf, Bromes, Saint-Martin, Castellet, Creyssel, Majastres ; seigneur Baron d’Allemagne, mort en 1465 ; marié en 1437 avec Honorade, Dame de Cuers de Glandeves dont 10 enfants

Boniface X d’Allemagne, (1440-1484) marie à Madeleine de Forbin La Barben (1460- ?) dont un enfant :

François de Castellane d’Allemagne, décédé en 1523, baron d’Allemagne-en-Provence (04), sire de Barrême, de La Robine (La Robine-sur-Galabre) de Saint-André-de-la-Mure (Saint-André-les-Alpes), Moriers (84, Morières-lès-Avignon), Ramatuelle (83), Saint-Martin, Castellet, Thorenc (06, Andon) et Cuer.(83). Il épouse Jeanne (de la Barge) de Gast, dame de Vitrolles, morte en 1542. Ils auront 4 enfants (dont

  • Melchior (1560-1586) (tué pendant les guerres de religion), baron d’Allemagne-en-Provence (04), sire du Val d’Oze, Vitrolles, Saint-André-de-la-Mure (04, Saint-André-les-Alpes), Cuers (83), Ramatuelle (83), Moriers (84, Morières-lès-Avignon), La Robine (04, La Robine-sur-Galabre), Saint-Martin, Castellet & Thorenc. Et
  • Honorade de Castellane d’Allemagne. Elle épouse en 1453 Jean du Mas, seigneur de l’Isle en Berry. Ils ont deux enfants :
  • Sara du Mas de Castellane et

 

Nicolas, dit de Castellane du Mas de Castellane[iii], (?- 1596) baron d’Allemagne, vicomte de Valernes[iv]. Nicolas est capitaine calviniste, chef des Huguenots en Provence. Il sera tué à la bataille d’Allemagne contre le sire de Vins.

Il épouse Jeanne de Grasse du Bar[v]. (1561-1630). Ils ont 3 enfants :

Jean-Louis du Mas de Castellane : chevalier de l’Ordre de L’Ammonciade ; général des galères du duc de Savoie.

  • Alexandre du Mas de Castellane, Baron d’Allemagne (1593-1616). Tué en duel par Annibal de Forbin en 1612.  (ANNIBAL de FORBIN, branche de La Roque d’Anthéron) fut tué au cours d’un duel célèbre avec Alexandre du Mas de Castellane (19 ans). Il avait imposé des conditions qui égalisaient les chances de la rencontre : dagues très courtes et poignards. Les deux adversaires moururent. En 1610, il épouse Marthe d’Oraison. Ils auront une fille.
  • Gabrielle du Mas de Castellane. Elle épouse en premières noces, le 5 juin 1620, François-Drac de Villeneuve de Bouliers. Puis le 27 juin 1624 Antoine de Villeneuve de Bouliers. Elle décèdera en 1677, sans enfants. La seigneurie passe dans la famille d’Oraison.

 

     Diane du Mas de Castellane, née en 1584 et décédée en 1647. Elle épouse en 1603 Marc Antoine I de Castellane Saint-Juers (décédé en 1621), Baron de Saint-Juers, maréchal de camp des armées du roi. Ils auront 3 enfants :

  • Jeanne de Castellane Saint-Juers (1610- ?)
  • Anne de Castellane Saint-Juers et

 

  • François de Castellane Saint-Juers, Seigneur de Saint-Juers, Marquis de Grimaud (?-1671) ; Marié en 1623 à Marguerite de Forbin-Janson. Ils ont 4 enfants :
  • Jean Antoine de CASTELLANE-SAINT-JEURS, marquis de Grimaud, baron de Saint-Jeurs. (1625 ou 1630-1702)
  • Geneviève de Castellane -Saint-Juers. Elle épouse Joseph Jean Baptiste de Suffren, sire de Saint-Tropez, conseiller au parlement de Provence.
  • Thérèse de Castellane- Saint-Juers (1637-1702), épouse en 1653 Antoine de Guiran de la Brillanne
  • Françoise Laurence de Castellane Saint-Juers (Décédée en 1674), mariée en 1673 à César de Renaud d’Alleins

En 1673, la famille d’Oraison vend la seigneurie de Saint-Martin à la famille Payan

 

Les seigneurs de Saint-Martin : Les Payan de Saint-Martin de 1673 à la Révolution

Le blason de la famille Payan de Saint-Martin

 

D’azur à un chevron d’or accompagné de 3 molettes d’éperons de même métal.

On trouve la première trace de la famille Payan à Visan, dans le Vaucluse.

Perrin Payan épouse Isabelle de TRIBUSCENTIS   . Ils auront 8 enfants, dont

Claude Payan, docteur en droit qui épouse le 3 aout 1541 Clara DALPHIN. Le 25 septembre 1543, ils ont un fils :

Mathieu Payan qui épouse Marie Chabert. Les époux auront 2 garçons :

Jean Payan (1570-1640) et

Bartoumieu ou Berthoumieu Payan selon les sources. Il est né en 1576 ou 1578 à Visan. Bartoumieu aura 2 enfants :

Antoine Payan et

Jean Payan (1650-1688). Il épousera Isabeau Martel ou Isabelle Martelly selon les sources. De cette union, naitront 3 enfants :

  • François Joseph Borgia qui fut abbé de Lesterp.

Il fut également Official de l’évêché d’Uzes (juge ecclésiastique), supplique de Guillaume Rollin (architecte du diocèse d’Alès), inspecteur des chemins et architecte général de la province de Languedoc et d’Etienne Battus, entrepreneur des chemins, en procès devant lui contre Jean Turion prêtre de Valiguières.

  • Anne de Payan de Saint-Martin est née le 8 août 1689. Le 12 juillet 1712, elle épouse Boniface III de Fortis (1678-1733), écuyer, seigneur de Claps, licencié en droit, élu second consul d’Aix en 1715, vend sa seigneurie de Claps. Il est né le 25 mai 1678 à Aix Ils auront 2 enfants : Marthe-Clémence de Fortis (1710- ?). Elle épousera Charles Pierre de Périer de Clumans (1710- ?) ; Marquis de Flayosc, seigneur de Clumane, second consul d’Aix. Leur second enfant sera François Boniface (Pierre Boniface de Fortis (1730-1796), conseiller de Tournelle au parlement de Provence. (La tournelle est une chambre parlementaire).
  • Antoine Payan de Saint-Martin (1650-1714). Le 24 avril 1668 à Toulon, il épouse Anne de Martin, née en 1655 En 1678, il est pourvu d’une charge de Trésorier général de France en la généralité de Provence. Il acquiert la terre de Saint-Martin de Brômes en 1673. Il devient le seigneur du village.

Au titre de sa charge, il fait partie du Bureau des finances. Cet organisme est composé des trésoriers généraux de France, il constitue le type même de l’organe administratif qui a correspondu à une étape du quadrillage de la France par la royauté avant d’entrer en déclin. De Louis XI à François Ier, les « provinces » nouvellement réunies à la couronne conservent jusqu’au milieu du xvie leur administration financière. À sa tête, les rois avaient placé un « général » (ordonnateur) et un receveur général (comptable). Puis en 1542, le royaume est partagé entre 16 recettes générales ou généralités (23 en 1635, 27 en 1788), dotées chacune en 1577 d’un bureau des finances – la Provence devient alors le ressort de celui d’Aix. Les fonctions de ses officiers, les trésoriers généraux de France, sont ensuite progressivement définies entre 1552 et 1577. Ils ont alors un rôle important à la fois dans la gestion du domaine royal (biens fonciers et immeubles, mais aussi droits régaliens et seigneuriaux, ces derniers dans les localités dont le roi était seigneur) et celle des routes. Leur compétence ne cesse de s’étendre à la fin du xvie siècle et au début du xviie. Mais dans la seconde moitié de ce siècle, ces officiers sont jugés peu dociles ; on leur préfère l’intendant, qui étend ses compétences à leur détriment : par exemple les nouveaux impôts alors créés sont gérés par lui. De plus, l’Assemblée générale des communautés obtient la direction et le contrôle des réparations des routes et chemins ; à partir de 1736 un intendant est chargé à Versailles des Ponts et chaussées ; enfin de larges aspects du domaine royal sont affermés (ainsi à partir de Louis XIV, les salines et marais salants le sont à la puissante compagnie des Fermiers généraux, société privée créée en 1681.

–          Il est conseiller au parlement de Provence. Il est rapporteur dans l’affaire Antoine Gautier et Joseph Barthélémy Bayon: Arrêt du Parlement de Provence (1758) acceptation par les syndics de noblesse de la Provence au sein de la noblesse avec en conséquence voix délibérative aux Etats de Provence.

Ils auront deux filles religieuses dont on ne trouve pas de trace ; et un fils :

Jean- Baptiste de Payan de Saint-Martin (1674- 1726) Il est seigneur de Saint-Martin, conseiller en la cour des comptes, aides et finances de Provence. En 1703, il épouse Jeanne de Boniface Fombeton (née vers 1680)

Jean-Antoine Payan de Saint-Martin, leur fils, nait en 1706. Il est seigneur de Saint-Martin, conseiller en la cour des comptes, aides et finances de Provence. Le 5 avril 1728, il épouse Madeleine Cabre de Roquevaire (né aux environs de 1710). Il meurt en 1766 après avoir eu 4 enfants :

  • 2 filles religieuses
    • Gabrielle Bibiene
    • Jeanne-Rose, toutes les 2 religieuses chez les Ursulines

puis

Anne Jeanne Françoise Payan de Saint-Martin (1735-1796). Le 10 avril 1758, elle épouse Jacques Joseph Gabriel Benoit d’André de Bellevue (1709-1770) ; conseiller en la cour des comptes, aides et finances de Provence. Ils auront 3 enfants. La branche subsiste actuellement.

Louis Jean Antoine Payan de Saint-Martin (1733- 1793). Il est conseiller au parlement de Provence. Il épouse Ursule Honorade Anne Lyon de Saint-Ferréol, née vers 1750. Ils auront 2 enfants :

  • Maxime Eugénie Payan de Saint-Martin; née vers 1770. Elle épouse Paul « Bernardin » Jacques Joseph Barlatier de Saint-Julien (vers 1760-1816) ; chevalier de Saint-Louis. Ils auront un fils ; Eugène Barlatier de Saint-Julien (1796-1826), propriétaire. Il épouse Joséphine de Pazery de Thorame (1797-1830).
  • Antoine Joseph Payan de Saint-Martin 1770-1865. Il est officier d’infanterie. Il épouse
    • Adèle Rouisse en 1795. Ils ont un fils Emile de Payan de Saint-Martin (1804-1823) DCD sans alliance
    • Rose Carbonnel en 1836. Ils ont un fils N de Payan de Saint-Martin (sans précision)
    • Béatrix Combe en 1844. Ils ont un fils, Charles de Payan de Saint-Martin. Décédé sans postérité.
  • Marie de Payan de Saint-Martin: Certains documents font état de cette fille de Béatrix Combe, mais sans certitude.

Antoine-Joseph contestera la propriété de la tour et de la Garenne à la mairie de Saint-Martin.

La branche des Payan de Saint-Martin s’éteint.

L'arbre généalogique des Payan de Saint-Martin

Le "château" des Payan

Pendant la révolution et l'empire

Durant la Révolution, la commune compte une société patriotique, créée après la fin de 1792. Le décret de la convention du 25 vendémiaire an II invite les communes ayant des noms pouvant rappeler les souvenirs de la royauté, de la féodalité ou des superstitions, à les remplacer par d’autres dénominations. Ainsi la commune change de nom pour Brômes.

 

En vertu du décret du 2 novembre 1789, la chapelle est décrétée bien national et sera vendue en 1796.

En 1792, les biens des émigrés sont ajoutés à la liste des biens nationaux.

 

Ursule Payan de Saint-Martin est déclarée émigrée :

En 1793, Madame Ursule Honorade Anne Lyon de Saint-Ferréol, épouse d’Antoine Joseph Payan de saint-Martin est inscrite sur la liste des émigrés. Bien évidemment, elle conteste cette décision dans un courrier adressé aux administrateurs du département des Bouches du Rhône, dont voici le texte. Il s’agit du texte intégral, respectant l’orthographe.  Les signes (?) désignent des mots qui n’ont pas pu être déchiffrés.

 

        « Aux citoyens administrateurs du département des Bouches du Rhône et du district d’Aix

(En marge : Viré pour valoir à Aix le 19 janvier 1793 signé : illisible)

Citoyens, la santé de ma fille[i] m’avait forcée de quitter mon domicile ordinaire, j’étais sortie de la République pour chercher un climat plus doux dans un tems ou les lois m’autorisaient à voyager vers (?) l’étranger comme en France. Je suis rentrée dans les derniers jours de janvier mil-sept cents quatre-vingt-douze avant toute loi contre l’immigration. Les gens de l’art me conseillèrent de me rendre à Lyon pour faire respirer un air plus favorable aux mots de poitrine dont ma fille était attaquée. Nous arrivames à Vienne à petite journée.[ii] La malade ne put plus soutenir la route. Il fallu s’arreter. Nous fumes logés le 28 février chez un chirurgien qui nous donna asile dans sa maison et nous préta ses secours. L’air de Vienne parut favorable à ma fille. Cette considération nous détermina à y fixer notre séjour.

Mon mari n’ayant jamais quitté son domicile, j’imaginais que je n’avais pas besoin de justifier ma résidence en France. Je voyais autour de moi des femmes qui étaient hors de leur domicile ordinaire et de qui on n’exigeait aucun certificat. La plupart des femmes de notre département n’en envoyaient pas. J’ai été instruite dans la suite qu’elles y étaient soumises par les lois et que même on plaçait dans la liste des immigrés celles qui ne se conformaient pas aux formes établies. Je n’ai point hésité alors à me munir des (?) de ma résidence. Dès le mois d’août, j’ai émis (?) un certificat à deux témoins. On m’a dit de l’envoyer que lorsque mon département l’exigerait. Des personnes de ma connaissance ne se conduiraient pas autrement que moi. Je fus instruite que j’étais sur la liste de ceux qui n’étaient pas dans leur (?). Malheureusement, cette instruction me fut donnée trop tard, car dans l’intervalle survint la loi du 20 décembre qui déclara nul et de nul effet tous les certificats précédents et qui promulgua une nouvelle forme pour les certificats dont on devait se (?) à l’avenir. Je ne pouvais plus envoyer celui que j’avais déjà puisque étant annulé par la loi. La nouvelle forme ne fut pas établie sans difficultés. Les municipalités(?) réclameront, elles attendaient la réponse à leurs remontrances : dans cette attente, on n’expédiait rien. Je fus obligée d’attendre plus de deux mois. Quand les bureaux furent établis pour la délivrance des nouveaux certificats, l’affluence des personnes qui en sollicitaient, l’embarras de trouver huit témoins qui voulassent bien consacrer des journées entières à attendre le tour du certifié devinrent de nouvelles causes de retardement. Ce ne fut que le quatorze mars que je pus me présenter utilement pour solliciter et obtenir la justification légale de ma résidence. Après ce jour, il fallu quinze jours d’affiche. Dans les communes des petites villes, les conseils généraux ne s’assemblent pas chaque jour. Il fallu attendre un moment favorable. Le département est à Grenoble ; mon certificat y fut envoyé. Et ne pus le recevoir que huit jours après. Tous ces délais inévitables m’ont empêché de satisfaire à la loi aussitôt que j’aurais voulu.

Actuellement, munie de toutes les preuves de ma résidence, je vous les adresse, citoyens et je me promets de votre justice que vous voudrez bien me rayer de la liste fatale. Ma recommandation est dans la loi même à laquelle je me suis conformée dans votre attachement pour elle et dans les sentiments qui vous distinguent. A Vienne, le 20 avril 1793, l’an second de la république. Lyon Payan

Soit montré à la municipalité d’Aix, fait à Aix en séance (?) publique du directoire du district d’Aix le 3 juin 1793, l’an deux de la république française ( ?) constans ( ?). Vu la pétition ci-dessus le certificat de résidence rapporté par la pétitionnaire de la commune de Vienne, département de l’Isère du 29 août 1792, autre certificat de résidence par elle porté sous la datte du 12 mars dernier dans la forme prescrite par le décret du 10 décembre et finalement le certificat de résidence dans la même forme et sous la date du 15 du mois de mars expédié à la citoyenne Maxime Eugénie Payan, fille de la pétitionnaire, les membres composant le conseil général de la commune de cette ville d’Aix déclare que la pétitionnaire fut comprise dans la liste des immigrés parce qu’à l’époque du 9 mai 1792, elle était absente de cette ville et n’avait point justifié de sa résidence dans l’intérieur de la république et qu’elle était même encore absente du département ainsi que le justifie le certificat qu’elle apporte de sa résidence à Vienne et au fonds  leur avis est que si l’administration du département pense que le dernier certificat de résidence qu’elle a rapporté sous la datte du 14 mars dernier n’est pas annulé par la loi du 28 mars ; il y a lieu d’ordonner qu’elle sera tirée de la liste des ( ?).

         Fait à Aix en séance publique et permanente le 3 juin 1793, l’an deuxième de la république française. Collationne M Arnaud (?), secrétaire général.

Vu la pétition des divers certificats de résidence joints et l’avis du conseil général de la commune d’Aix oui le procureur sindic en absence

Le directoire du district considérant qu’il est justifié par les certificats joints une résidence continue et non interrompue de la citoyenne Ursule lyon et de sa fille à Vienne, département de l’Isère est d’avis que le citoyenne Ursule Lyon, épouse du citoyen Jean Louis Antoine Payan et la citoyenne Maxime Eugénie Payan, leur fille doivent être rayés de la liste des émigrés et qu’il doit en être fait mention dans la première affiche. Fait à Aix en séance publique du directoire du district le 4 juin 1793, an deuxième de la république presens trois membres et le procureur sindic en absence. Collationné (Illisible) Constans (Illisible).

Vu la pétition cy dessus et pièces y jointes, l’avis du conseil général de la commune d’Aix du trois de ce mois, celui du directoire du district d’Aix du quatre du même mois sur le rapport ouï le procureur général sindic

L’administration du département considérant que la citoyenne Lyon épouse de Payan ainsi que la citoyenne Maxime Eugénie Payan sa fille ont parfaitement justifié de leur résidence non interrompue dans les terres de la république en conformité avec les lois arrête que l’article des noms et biens de la citoyenne Ursule Honorade Anne Lyon, épouse de Jean Louis Antoine Payan et Maxime Eugénie Payan compris dans la vingt-troisième  partie de la liste des biens des émigrés français de ce département arrêté le 10 décembre dernier sous les noms des biens de l’épouse famille de Payan soit rayé de toutes listes et qu’en conséquence tous scellés qui avaient pu être (?) sur leurs biens seront (?) levés et que ces citoyennes seront maintenues dans la pleine et entière possession de leurs dits biens et sera le présent envoyé au directoire du district d’Aix pour s’y conformer et le transmettre à la partie interférée. Fait à Marseille en séance publique de l’administration du département le 7 juin mille sept cent quatre-vingt-treize, l’an second de la république. (?) président en absence, de (?) secrétaire général, vu et enregistré au greffe de la commune le 9 juin 1793 an deux de la république (?) Arnaud, secrétaire greffier (?)

Vu et arretté et enregistre dans le livre des délibérations de la commune de ce bourg de Rognes (?) le onzième juin 1793, l’an second de la république française (Illisible) greffier (illisible) maire, (Illisible) notable.

Enregistré au directoire du département des basses alpes séant à Digne le six août 1793, l’an deuxième de la république (Illisible)

Certifié par nous pour (illisible) conforme à l’original le huit août 1793 ; an second de la république.

Comte maire

G meunier officier municipal

Pour procureur de la commune

(Illisible) secrétaire greffier

      Mentions marginales :

  • Visé pour valoir. Timbré à Aix le 10 juin 1793. Reçu 10 sols. Signé illisible
  • Vu et enregistré au greffe de la commune Saint-Martin de Brômes le 8 août 1793, an second de la république, Comte Maire, meunier officier municipal, Roux procureur de la commune, (Illisible) secrétaire greffier »

 

Les possessions des Payan deviennent biens nationaux

Cependant, les biens de la famille Payan n’échapperont pas à la règle. Antoine Joseph de Saint-Martin, ci-devant seigneur du village a émigré. Militaire et officier, Il sert dans l’armée prussienne.

Estimation du château de Saint-Martin en 1790

En 1790, une estimation des biens des ci-devant seigneurs, qualifiés de « ci-devant » privilégiés avait été faite. Elle se monte à 12487, 18 sous. Elle contient les estimations des propriétés, mais aussi la valorisation des privilèges : Utilisation du four banal, rentes versées au ci-devant seigneur. Le château est estimé à 42 livres.

 

Antoine Joseph Payan réclame ses biens

 

En 1806, Antoine Joseph Payan de Saint-Martin conteste à la commune la propriété de ses biens :

 

Le 28 juin 1806, le préfet des Basses Alpes sollicite le maire de la commune pour savoir « si le conseil municipal de votre commune persistait à lui contester la propriété de la Garenne et de la tour et si il consentait à ce que cette contestation soit soumise à des jurisconsultes ainsi que le propose M Payan pour obtenir une consultation qui indiquerait les bases d’après lesquelles les parties pourraient transiger sur leur différent. »

La réponse de la mairie reste inconnue

Le 23 août 1806, le préfet désigne 3 jurisconsultes pour un projet de transaction entre les deux parties. (À la différence des juristes, les jurisconsultes sont des experts reconnus du droit. Ils sont souvent professeurs d’université, auteurs d’ouvrages de droit et conseillers des législateurs.).

Le 14 décembre 1807, le préfet précise au maire qu’il partage la proposition d’arbitrage faite par M Payan, « ci-devant seigneur » et autorise le maire à convoquer extraordinairement le conseil pour qu’il exprime son avis.

Le 20 décembre 1807, le conseil se réunit pour statuer sur « l’arbitrage que propose le sieur Payan, ci-devant seigneur de la commune sur la propriété dite de la Garenne et de la tour dont le sieur Payan s’est mis arbitrairement en possession ». La proposition est acceptée car moins dispendieuse et plus courte.

Janvier 1808, le préfet prend un arrêté, invite le maire à le transmettre à M Payan, à se concerter avec lui et à transmettre toutes les pièces aux jurisconsultes.

Avril 1808, Le préfet invite le maire à convoquer extraordinairement un conseil pour faire dresser un mémoire pour les jurisconsultes.

8 ans plus tard…

Le 9 décembre 1816, M Trabuc, jurisconsulte écrit au maire. Il évoque une donation faite par M de Castellane à la commune, et précise que la tour est sur un terrain communal et donc appartient au gouvernement. Il demande si la Garenne est dans le defens[iii] et quelle était la destination première de la tour et quel était son usage. Là encore, on ne trouve pas de trace de la réponse du maire, ce qui est dommage…

Le 26 juin 1816 ; le préfet des Basses-Alpes écrit au maire sur la contestation de M Payan, ci-devant seigneur du village de la propriété d’un bois appelé « la Garenne » et d’un reste d’un vieux bâtiment dit « La tour ». Les trois jurisconsultes désignés en 1808 ne se sont pas occupé de l’affaire et M Payan réclame de nouvelles nominations. Le préfet demande au conseil de confirmer la décision de 1807 sur l’acceptation de l’accord avec M Payan.

Le 29 janvier 1817, Mr Trabuc, jurisconsulte écrit au maire du village. Il fait allusion au rapport de démembrement des terres de Saint-Martin. Il cherche à savoir si la concession faite par M de Castellane en 1444 est un titre de propriété ou un simple droit d’usage. En 1790, on apprend que le terrain de la Garenne n’a pas été inclus dans les biens nationaux. Les trois jurisconsultes vont entendre les deux parties et préparer 2 avis pour une conciliation.

Le 26 mars 1817, le préfet écrit au maire : Il se voit reprocher de ne pas avoir transmis l’arrêté du 29 aout 1816 aux jurisconsultes, et surtout d’avoir désobéi au Préfet en nommant M Aillaud (orthographe), avocat et notaire en place de M Fourtout. Le préfet demande une explication.

Le 20 mai 1817, M Payan désigne M de Crambeau de Valensole comme expert.

Le 2 janvier 1818, le jurisconsulte Trabuc écrit au maire pour accuser réception de la désignation des jurisconsultes, mais aussi évoquer la donation des défens de l’Hubac (zone d’Allemagne en Provence près du cimetière) aux habitants de St Martin de Brômes par la famille de Castellane en 1444. Sollicitée, la commune d’Allemagne n’a pas répondu.

19 avril 1818, M Trabuc, jurisconsulte écrit à M le Maire pour lui annoncer que la commune d’Allemagne ne conteste pas la propriété des défens de l’Hubac.

18 août 1818, le préfet envoie les factures au maire de St Martin : soit 167 francs à payer aux jurisconsultes :

  • La consultation du 27 février 1817 sur l’affaire (?) la commune et Mr Payan est taxée à 72 francs
  • Celle du 16 mai 1818 sur la contestation avec la commune d’’Allemagne l’est à 50 francs
  • Celle du 18 juillet 1818 concernant la première des deux affaires l’est à 45 francs

Ce courrier est annoté par une autre écriture :

« Véritables dates :

  • Du 27 mars 1817 au lieu du 27 février
  • D’accord avec les prix
  • (?)[iv] c’est une pièce remplie d’injures que la commune ne doit pas payer. Leurs pouvoirs étant finis, il voit que la commune doit pour le premier article 36 francs parce que le sieur Payan ne peut être dispensé de payer l’autre moitié. On consent à payer pour le 2 ème 50 francs. Total 86 francs.

Toutes les pièces réunies n’auraient pas couté la moitié à (?) pauvres communes »

2 février 1819 ; le préfet adresse plusieurs documents au maire

  • Un premier avis des jurisconsultes sur l’affaire entre la commune et Mr Payan
  • Le rapport des experts sur le défens dit de la garenne
  • Le rapport descriptif de la tour
  • Un ancien rapport de 1684
  • Un avis définitif des jurisconsultes sur la propriété du défens et de la tour qui font l‘objet de la contestation. On ne trouve pas de trace de ces documents…

Il demande au Maire de transmettre ces pièces à Mr Payan pour accepter ou refuser l’arrangement. Il demande la réunion du conseil municipal pour avis sur l’arrangement, qu’il trouve plus avantageux pour la commune que pour Mr Payan. Le courrier est annoté et indique que les documents ont été transmis à M Payan.

9 mars 1820, M Aillaud jurisconsulte indique au maire qu’il ne connait pas l’adresse de M Payan pour lui remettre l’exploit [v]. Il propose de le lui remettre en mains propres par l’intermédiaire d’un huissier de Riez ou Valensole. L’original lui sera renvoyé.

Enfin, il existe un courrier, non daté, de M Payan de Saint-Martin, ci-devant seigneur du village. Il doit dater du début de la procédure (Hypothèse personnelle). Je vous le restitue tel quel :

      « A Monsieur le maire de Saint-Martin de Brômes

Monsieur le Maire, j’étais à Aix au moment que votre lettre est parvenue chez moi. Elle ne m’a été rendue qu’à mon retour. Un arrêté de Monsieur le Préfet me donne le droit d’entrer en possession des biens non vendus dont mes ancêtres ont joui paisiblement depuis un temps immémorial. Je me crois suffisamment pourvu en titre et en droit pour posséder lesdits biens ; cependant comme les deux propriétés que vous voulez me contester sont d’une valeur si peu conséquente que les frais d’une procédure auraient bientôt absorbé le capital (?) de notre contestation, je vous propose monsieur, tant pour les intérêts de la commune que pour les miens de nommer des arbitres et de nous remettre à leur jugement.

J’ai l’honneur de vous saluer

      Payan de Saint-Martin »

Cette partie de l’histoire de la tour et du village est assez frustrante car nous avons dû faire face à plusieurs difficultés : Les documents sont incomplets, en particulier, on ne trouve pas de copie de l’accord entre la mairie et Antoine Joseph ; et ils sont, bien entendu manuscrits, et parfois difficilement lisibles… Et surtout, on ne connait pas la fin de l’histoire !!!!!

 

[i] Il doit s’agir de Maxime Eugénie Payan de Saint-Martin; née vers 1770. Elle épouse Paul « Bernardin » Jacques Joseph Barlatier de Saint-Julien (vers 1760-1816) ; chevalier de Saint-Louis. Ils auront un fils ; Eugène Barlatier de Saint-Julien (1796-1826), propriétaire. Il épouse Joséphine de Pazery de Thorame (1797-1830).

 

[ii] En avançant lentement, en faisant de nombreuses étapes

[iii] Un défens ou défends est, dans le français juridique de l’ancien régime, une terre close par le seigneur pour en interdire l’accès, que ce soit un bois pour se réserver le droit de garenne, le droit de chasse, ou une parcelle cultivée pour interdire celle-ci au troupeau de la communauté, même après les récoltes.

[iv] Les points d’interrogation entre parenthèse désignent des mots qui n’ont pas pu être déchiffrés.

[v] Le mot “exploit” figurait dans l’ancien Code de procédure civile. Il parait avoir été abandonné pour l’expression “acte d’huissier”. On trouve le mot “exploit” dans les textes qui sont antérieurs en date à la promulgation du code de procédure civile, et notamment dans les Lois et règlements portant statut des huissiers. La pratique du Palais en a cependant conservé l’usage.

L'insurrection de 1851

– Capon Balthazar

– Franc Sauveur

– Monier Pierre

– Tardivy Henri-Pascal

– Bouteil François Marius

– Bouteil Jean-Pierre

– Jehan Louis Frédéric

– Michel Charles

 

Ces noms ne vous disent certainement rien. Pourtant, ce sont les noms des 8 Saint-Martinois qui en 1851, ont été les victimes de la répression pour avoir résisté au coup d‘Etat du Prince Président qui, dans la foulée, allait se proclamer Empereur.

Un peu d’histoire :

En 1848, Louis Napoléon, Bonaparte est élu Président de la République. En vertu de la constitution, il ne peut se représenter pour un deuxième mandat. Tenant à conserver son poste, et devant la crainte du « spectre rouge » qui verrait la victoire des démocrates socialistes, il va s’allier aux conservateurs pour organiser un coup d’état. Au matin du 2 décembre 1851, il propose 6 décrets proclamant la dissolution de l’Assemblée Nationale législative, le rétablissement du suffrage universel masculin, la convocation du peuple français à des élections et la préparation d’une nouvelle constitution pour succéder à celle de la Deuxième République.

 

Si le peuple de Paris réagit relativement peu pour défendre une assemblée conservatrice qui l’a dépouillé d’une partie de ses droits politiques, ce n’est pas le cas dans les zones rurales de près d’une trentaine de départements.

La situation dans les Basses Alpes :

             La dépêche annonçant le coup d’Etat arrive à Digne dans la soirée du 3. Le préfet Dunoyer s’empresse de publier les décrets présidentiels. Le 4 décembre, il fait arrêter l’avocat Charles Cotte et quatre autres républicains influents. Une vive émotion se manifeste dans le chef-lieu du département, sans que le calme soit véritablement troublé.

C’est de Mane, dans la nuit du 4 au 5 décembre, que fut lancé le signal de l’insurrection générale, préparée à Forcalquier en fin d’après-midi du 4 par le docteur Rouit, l’ex-garde général des Eaux et Forêts Ailhaud de Volx et l’horloger Pierre Emmanuel Escoffier, principal meneur montagnard de la ville.

Depuis Manosque, dont la municipalité est tout acquise aux idées républicaines, une colonne de plusieurs centaines d’hommes part le 5 au matin sous la direction de l’ancien maire, également révoqué, Joseph Buisson. Gonflée par les apports des communes voisines, elle comprend un millier d’individus à son arrivée à Forcalquier en fin de matinée.

Les républicains n’ont aucun mal à s’emparer de la mairie et de la sous-préfecture ainsi que de la gendarmerie et de la recette particulière. Le sous-préfet Paillard et le substitut du procureur de la République Paulmier, sans troupes et abandonnés par presque tous les hommes du parti de l’Ordre, sont arrêtés.

Au cours de la journée du 5, la colonne de Manosque est rejointe par des contingents venus du nord et de l’ouest de l’arrondissement (Reillanne, Banon, Saint-Etienne-les-Orgues…). Finalement quelque 3 000 hommes occupent Forcalquier. Un Comité insurrectionnel d’arrondissement est formé, placé sous la présidence de l’instituteur révoqué Noël Pascal.

Dans la journée du 5, les zones méridionales des arrondissements de Sisteron et de Digne commencent à bouger à leur tour.

Des groupes de résistants se forment activement dans le canton de Volonne sous l’impulsion d’André Ailhaud, qui, depuis la commune de Château-Arnoux où il est domicilié, engage les communes voisines à se préparer au mouvement. La gendarmerie de Volonne est désarmée. Une échauffourée oppose André Ailhaud et sa troupe à quelques gendarmes volonnais au lieu-dit de Font-Robert, à la sortie de Château-Arnoux.

Le samedi 6 au matin, les républicains de Sisteron, renforcés par les contingents des communes rurales environnantes, dont un contingent venu des Hautes-Alpes, se rendent maîtres de la ville. A la suite d’une grande manifestation populaire, le maire et le conseil municipal sont contraints de démissionner : ils sont remplacés par une Commission municipale révolutionnaire, présidée par le chef montagnard Férévoux. Le sous-préfet et le faible détachement dont il dispose (80 soldats environ) se retirent dans la citadelle. La colonne insurgée de Sisteron quittera la ville dans la journée pour descendre la vallée de la Durance

L’objectif des républicains est de marcher sur le chef-lieu du département, en remontant la vallée de la Bléone.

La colonne venue des cantons de Riez et de Moustiers, grossie des résistants de Mézel et de son canton, compte plus d’un millier d’hommes lors de son arrivée le 6 vers minuit, près de Digne.

Les chefs des républicains, installés à la préfecture, constituent aussitôt un Comité départemental de résistance, chargé de remplacer le préfet en fuite.

Presque partout dans le Sud-Est, la journée du 8 décembre voit s’évanouir les derniers espoirs des républicains. Cependant, dans les Basses-Alpes, la résistance républicaine va durer plus longtemps qu’ailleurs. Dans la nuit du 7 au 8 décembre, le mouvement insurrectionnel éclate dans le nord du département, à Barcelonnette, jusque-là restée calme. Quatre cents hommes se réunissent sur la place, désarment les gendarmes et arrêtent le sous-préfet et les autorités locales

 

Mais ce même lundi 8, vers 5 heures de l’après-midi, la nouvelle parvient qu’un bataillon du 14ème léger parti la veille de Marseille marche sur Digne

Le lendemain, 9 décembre au matin, ce sera le “ combat des Mées ”. Les républicains se défendirent avec rage et fanatisme ” Soixante insurgés environ ont été tués et plusieurs soldats ont également péri.

De fait, les nouvelles recueillies auprès des soldats faits prisonniers durant l’engagement ne permettent plus de douter de la réussite du coup d’Etat. La plupart des meneurs républicains donne aux insurgés, pourtant invaincus, le signal de rompre les rangs et de regagner leurs foyers. En même temps, dans la nuit du 9, les derniers émeutiers restés sur place à Digne, abandonnent la préfecture.

Sur l’ensemble de la France, plus de 27 000 personnes sont arrêtées et inculpées. La ville sera reprise le 13 décembre82. Le département des Basses-Alpes est administré par un « Comité départemental de résistance », le 7 décembre 1851. Mais l’armée, ralliée au Président, vient à bout de ces résistances. Cela sera facilité par le fait que les préfets bonapartistes disposaient du télégraphe, alors que les républicains n’avaient pas de moyens de communication.

Un bataillon entre à Manosque dès le 10 et rétablit l’ordre à Château-Arnoux et dans le canton de Volonne le 12. Les troupes des Hautes-Alpes réoccupent Sisteron le 10, Digne le 12 et Barcelonnette le 15 au matin. Forcalquier est réoccupée le 12 et Saint-Etienne les Orgues le 14. En quelques jours, elles tiennent tout le département, déclaré en état de siège depuis le 9.

La répression :

De véritables chasses à l’homme sont organisées, en particulier dans le bois de Lure où plusieurs centaines de révoltés se sont réfugiés. Outre les fusillés de Saint-Etienne, le journal « Le Glaneur » du 25 décembre rapporte que « deux autres insurgés ont été tués entre Saint-Etienne et Fontienne, pendant qu’ils fuyaient, et cette nuit on en a encore fusillé trois autres dans la montagne. Partout, dans le département, on arrêta ceux qui étaient convaincus ou soupçonnés d’avoir pris part au mouvement. »

En raison de l’ampleur et de la durée du mouvement insurrectionnel bas-alpin, le plébiscite des 20-21 décembre est décalé d’une semaine. Louis-Napoléon Bonaparte avait appelé le peuple tout entier aux urnes pour entériner son coup d’Etat. Du fait sans doute de l’atmosphère de peur suscitée par la répression, mais aussi peut-être afin d’obtenir la libération de leurs parents et amis arrêtés, les électeurs du département votent massivement en faveur du Oui (98,2 % des votants, soit le deuxième meilleur score national) …

La résistance menée par les républicains (Victor SchœlcherVictor HugoJean-Baptiste Baudin…), par des membres du parti de l’Ordre non ralliés (le père Lacordaire, le prince de Broglie) est écrasée par l’armée en quelques jours.

 

Si l’on compte plusieurs centaines de tués à Paris, il n’y a pas de bilan global des affrontements et exécutions sommaires d’insurgés menées par l’armée

Sur l’ensemble de la France, plus de 27 000 personnes sont arrêtées et inculpées

Ces zones connaissent « une chasse à l’homme, avec son cortège de dénonciations et d’exécutions sommaires » (127 fusillés selon Raphaël Lahlou) puis jusqu’en janvier 1852, ce sont des arrestations massives non seulement dans les départements soulevés, mais sur tout le territoire.

Dans un premier temps, 26 884 personnes sont arrêtées, essentiellement dans le Sud-Est, le Sud-Ouest et quelques départements du Centre, 21 000 sont condamnées par des commissions mixtes (composées dans chaque département du préfet, d’un général et d’un magistrat) dont 9 530 à la transportation en Algérie et 239 autres au bagne de Cayenne. Les 250 chefs présumés de l’insurrection sont traduits devant un conseil de guerre tandis que 66 députés, dont Victor Hugo qui s’est déjà enfui à Bruxelles pour un long exil; SchœlcherRaspailEdgar QuinetAdolphe ThiersProsper Duvergier de HauranneCharles de Rémusat sont frappés de proscription par un décret présidentiel.

Le coup d’État est légalisé par un plébiscite (21-22 décembre) qui accorde à Louis Napoléon les pleins pouvoirs pour établir une Constitution. Promulguée le 14 janvier 1852, celle-ci instaure le second Empire.

La dignité impériale est rétablie au profit du prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, qui devient officiellement « Napoléon III, Empereur des Français » à compter du 2 décembre 1852, date anniversaire symbolique du coup d’État, du sacre de Napoléon Ier et de la victoire d’Austerlitz.

 

 

 

 

 

L’hommage de la commune :

9 hommes de notre commune ont tout abandonné pour soutenir cet idéal de Liberté. Ils étaient menuisiers, garde-champêtre, cultivateur, fourniers…. Ils ont été inculpés, jugés, condamnés pour avoir osé défendre la Liberté. Pour avoir combattu Napoléon le petit comme le surnommera Victor Hugo.

Pour rendre hommage aux résistants de la commune, la mairie a décidé de changer la dénomination de la partie de la place de la Libération où elle est située en place des Résistants Républicains.

Une stèle a été érigée et a été inaugurée le vendredi 13 mai 2022.

 

Quelques liens utiles :

Mairie de Saint Martin de Brômes (saint-martin-de-bromes.fr)

Accueil – Association 1851

Coup d’État du 2 décembre 1851 — Wikipédia (wikipedia.org)

 

 

 

 

16 juin 1944 : Massacre à Saint-Martin

Au petit matin du 16 juin 1944, la 8ème compagnie de Brandebourgeois est chargée d’infiltrer et de détruire le maquis. Ils sont à la recherche de la 14ème compagnie de résistants. Ils sont déployés dans le département.

Cette compagnie est composée de français à la solde des nazis.

Le 15 juin, ils sont à Riez.

A l’aube du 16 juin, ils se déploient sur Valensole, Allemagne en Provence, Gréoux les Bains et Saint-Martin de Brômes.

Des sentinelles sont placées dans la vallée du Colostre et entre Gréoux et Valensole. Le déploiement est considérable.

A Saint-Martin, ils rassemblent les habitants sur la place. Ils fouillent les maisons, en saccagent certaines…

C’est à ce moment qu’Arsène Burle est capturé. Il a 46 ans. Trop inquiet pour les siens, il s’est approché et caché dans un coin de la place. Il est découvert. Il est arrêté. Ses compagnons de maquis sont restés dans la forêt.

On le déplace entre Valensole et Gréoux. Les Brandebourgeois lui laissent penser qu’il va être libéré… Ils le tuent dans un champs alors qu’il fuit.

Marius Monti vient de Nice. Il est caché dans le grenier d’une ferme près de Valensole. Il est découvert. Les miliciens lui tirent dans les jambes. Ils le torturent pour le faire parler. Il sera abattu au pied d’un amandier dans le vallon de Peire Amare. Une stèle y honore sa mémoire.

Vers 11h30, on entend une fusillade. Un détachement de la 14ème compagnie de résistants a attaqué la voiture d’un officier entre Gréoux et Saint-Martin.

Au soir du 15 juin, les 15 jeunes varois sont aperçus, se désaltérant à une fontaine de Riez. Ils travaillent sur des coupes de bois. Ils sont arrêtés, et déplacés sur la place du village d’Allemagne. Ils assistent à l’exécution de 6 hommes. On leur fait croire qu’il y a du travail pour eux en Allemagne. Ils acceptent.

Descendant la vallée du Colostre, la colonne s’arrête au vallon des Bayle. Ils sont fusillés, au bord du chemin, dans le creux d’un talus.

Le 19 juin, au pied de ce vallon, un cheval refuse d’avancer. Son maître, Clément Charabot, le presse, il refuse toujours. Son maître descend et découvre les corps. L’alerte est donnée.

C’est un choc immense pour le village. Ils sont ramenés au village. Les portes et le fenêtres se ferment à leur passage. On évite aux enfants cette vision d’horreur.

Ils seront inhumés provisoirement dans le cimetière du village.  Leurs familles leur donneront leurs sépultures définitives.

Ils avaient entre 17 et 24 ans.

Ils s’appelaient :

Luis Bagarre

Camille Héraud, du Val ;

André Cabasse

Alexandre Sappa

Jean Magakian

Joseph Prestia

Gabriel Simondi, de Brignoles ;

Raphaël Fabiano

Eugène Botto

Gabriel Unia

Max Mares, de Carcès ;

Et un inconnu italien passé au maquis français.

Pour ne pas oublier ce drame, une stèle a été érigée à l’angle du vallon des Bayle et de la route départementale.

Tous les ans, le 16 juin, leur mémoire est honorée tant sur la place Arsène Burle qu’au vallon.

Des représentants des différentes communes, des membres des familles viennent se recueillir dans notre commune.

Ils n’étaient pas Saint-Martinois, mais ils le sont devenus.

Nous ne pourrons jamais oublier ce massacre de français, commis par des français, à la solde du fascisme.

Liens historiques :

O.-Pigoreau-8e-cie-Pour-HSCO.pdf (hsco-asso.fr)

Ces Français sous uniforme allemand qui ont écumé le Gard en 1944 – midilibre.fr

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